Hop là, me voilou. Je rentre du jeu de rôle, et comme tout le monde quand on rentre d'une soirée : je me suis préparé un steak. En écoutant Starmania 1979. Si on m'avait dit un jour que j'écouterais ça... comme quoi, on est jamais à l'abri d'un préjugé.
Je me suis bien amusé en tout cas, on était tous plutôt bien dedans, ça avançait, on a bien rit, malgré le scénario catastrophe qui nous attends. Je vais essayer de vous en parler, sans trop vous perdre dans des termes barbares et des notions de déphasés mentaux.
Comme je disais l'autre nuit (non, je ne peux clairement pas dire "jour"), il s'agit d'un jeu se basant sur un univers médiéval japonais fantastique, avec des samouraïs, des geishas et des inégalités sociales, appelé Legend of the 5 Rings (L5R). Des jeux de rôle, j'en ai fait pas mal ces dix dernières années, dans diverses ambiances (médiéval fantastique, cyberpunk, western, renaissance, space opera, bizarroïde parfois aussi). Ce jeu précis n'est néanmoins pas à la portée du premier débutant, car son univers est quand même bien moins intuitif que dans d'autres jeux. Dans certains jeux comme Warhammer, l'univers on le connait tous plus ou moins globalement, c'est à dire que c'est du médiéval avec des nains, des elfes, des orcs, des gentils, des méchants, des épées, des arbalètes, des boules de feu, des dragons, des serveuses à gros nichons à la taverne, des missions d'exploration et des sales gosses magiciens qui gèlent les bières des gens. On voit ça (bon, sauf peut-être certains détails cités) dans la plupart des films du genre, on a tous connus ça en grandissant, donc il est facile de s'immerger dedans. Dans L5R par contre, c'est différent, parce qu'outre les mentalités et autres codes de conduite qui sont bien différents de ce qui se pratique dans le médiéval occidental, on se retrouve dans un système politico-bordélique avec du drama dans tous les sens. Les chtarbés (aussi appelés scénaristes) du jeu ont inventé un univers vraiment propre au jeu, avec des archétypes de personnage beaucoup moins prévisibles que ce qu'on peut connaitre ailleurs.
En gros, ça se passe dans le royaume de Rokugan, un bled où ça ne fait que se bastonner depuis que des dieux sont venus s'y installer, comme ça sans rien demander aux gens. La société rogukanie est divisée en clans, avec pour chacun leur code de conduite, leurs possibilités et leurs buts. Nous avons par exemple le clan du Lion qui est le clan de guerriers par excellence, le clan du Scorpion qui se complait dans la fourberie ou le clan de la Grue, les tapettes qui passent leur temps à la cour impériale à boire du thé et à faire des duels en mousse (sans offense Paladin-kun !). Il y a aussi une faction maléfique, vivant dans l'Outremonde (avec des gobelins, des créatures bizarres et autres humains corrompus - non je ne parle pas de journalistes français) au sud de Rokugan, et qui vient régulièrement mettre le dawa chez nos braves samouraïs. Et dans chaque clan, c'est encore divisé en familles, qui ont chacunes leurs spécialités. Concrètement, chaque clan possède son lot de guerriers, de magiciens ou de courtisans (ou de moines, ou de marins, c'est selon les clans), et à chaque fois c'est différent. Un magicien du Phoenix ne sera jamais comparable à un magicien du Scorpion. Bref, même après plusieurs parties, je m'y retrouve toujours pas, et il faut toujours que je redemande au maitre du jeu ce que signifie le blason sur l'épaule de mon interlocuteur parce que mon personnage le sait sans doute mais pas moi. Moi en l'occurrence, je joue un éclaireur du clan du Crabe. Un crabe, c'est certes pas très charismatique, on a pas trop envie de s'agenouiller devant quand on ne connait pas. Mais en fait, c'est le clan des gros bourrins. Vous savez là, ces gars de deux mètres qui ont relativement confiance en leur marteau à deux mains. Tout de suite, on a moins envie de déconner avec eux, en soirée faut pas trop les chercher. Ce clan est d'autant plus respecté que son rôle principal est justement d'endiguer la menace de l'Outremonde. Ils se sont installés à la frontière, et voilà, ils surveillent et des fois ils font des raids pour casser la gueule de bestioles peu fréquentables. Mon personnage à moi (appelé Kaiu Jotarô) est un éclaireur de ce clan, un de ces types pas trop imposants physiquement, mais qui peut se trimballer discrètement là où il fait pas bon de vivre.
J'aime bien les personnages fins et furtifs en général. Les meilleurs pour ça sont les Scorpion évidemment, mais mon Crabe est plutôt débrouillard dans le domaine. En dehors du fait de pouvoir prendre quelqu'un en filature sans se faire remarquer, de s'introduire dans des baraques gardées par des gardes peu conciliants, il a aussi quelques aptitudes au combat. Certes il ne se bat pas au katana comme 98% des samouraïs qu'il croise, il utilises un kusarigama (une sorte de faux attachée à une chaine). Il ne coupe pas les têtes à tout va, mais il sait enchevêtrer et désarmer son ennemi, surtout s'il attaque par surprise, et ça sauve les miches ça quand ça tourne au vinaigre pour le groupe. A côté de ça, il n'est pas très à l'aise à la cour, les ragots sur la nouvelle femme du seigneur local il en a pas grand chose à secouer, lui c'est un pur, un vrai, un true, là où la corruption commence à faire chier il y va et il lui règle son compte. De préférence avec des potes, c'est plus "flavor".
Alors du coup, nous on est là, et on apprend que l'empereur est menacé par des maotsukaï (en gros des mecs qui utilisent la magie de la corruption), et nous, comme on cherche la gloire, la fortune, et qu'accessoirement on a une conscience, on s'est dit qu'on allait pas laisser faire ça, sinon la soirée sera franchement courte. Alors je ne vais pas vous détailler le scénario hein, non seulement on est loin de l'avoir fini (on ne se revoit que dans deux semaines pour ça, fais chier, mais c'est comme ça), en plus ça va sévèrement vous barber, alors je reviens juste sur quelques détails de la soirée. Il y a eu plusieurs points qui m'ont interpelés, malheureusement j'en ai oublié (je sais ça date d'il y a quelques heures seulement), on va faire avec ce qui me reste.
Alors déjà, ça commence ainsi : on discute entre nous, on décide d'aller voir des gars genre haut placés pour les prévenir et leur apporter notre aide, mais ces gens ils ne reçoivent pas n'importe qui, normal. Je me vois mal débarquer dimanche prochain chez Berlusconi avec de la bouffe sous le bras et un vinyle des Choeurs de l'Armée Rouge pour lui proposer un barbecue dans son jardin avec ses filles. Donc chacun doit chercher une autorisation auprès de son chef, parce que c'est très hiérarchisé les clans, on est toujours au service de quelqu'un. Et bien sûr, mon clan à moi est à perpet'-les-bains, il fallait que je me mette en route tout de suite pour être de retour en hiver.
- MJ (maitre du jeu) : bon alors, vous faites quoi ?
- Kakita Aki (le duelliste loyal bon aux dents blanches) : faudrait pouvoir s'infiltrer chez untel parce qu'il a un objet maléfique et ça nous fera une preuve. On a le temps allant d'aller voir nos supérieurs.
- Bayushi Hitsugaya (monsieur je-tombe-dans-le-pétrin) : pas de problème je m'en occupe, attendez moi dehors avec San et vous interviendrez s'il faut.
* Matsu San (la recordwoman de têtes tranchées à la minute) affute sa lame. Devise : "On parlera après. Ou pas."
- Kaiu Jotarô (le héros de l'histoire, mais y a que lui qui le sait) : ok... ben moi je pars maintenant, j'ai deux mois aller-retour à dos de poney à faire, amusez vous bien...
Et voilà une bonne heure de touchage de kikoune pour moi, le temps que Hitsugaya se fasse évidemment repérer, que l'alerte sonne, que les deux autres tentent de le rejoindre sans trop de succès, et que le voisinage prenne feu. Au milieu de ça, j'ai quand même eu droit à ma séquence de jeu :
- MJ : voilà, tu arrives devant tes supérieurs, et ils sont d'accord pour te laisser y aller.
- Moi : ok. Je reprends la route.
Retour à l'incendie et autres "tirons-nous en vitesse".
Début de soirée light pour moi donc, j'aurais dû squatter la PSP d'Arnaud.
Après ça, j'ai eu plus de possibilités de jeu, enfin ça va peut-être pas durer car je vais en partie devoir agir en sous-marin. Je m'explique : on rencontre l'empereur (oui oui, on s'est bu un thé, la famille va bien, etc.), et il nous propose un choix. On peut devenir soit Eclat de Jade, à savoir des officiels luttant contre la corruption au service de l'empereur, genre poste prestigieux, avec des privilèges, en contrepartie on est plus vulnérables car on agit aux yeux de tous. Ou alors, on peut devenir Magistrat d'Emeraude, qui va globalement se taper le même boulot, avec moins d'entrées, le prestige en moins. Et là, j'ai un peu hésité.
Quand on joue à un jeu de rôle, on n'est jamais complètement détaché de son personnage. On y met un peu de soi, même si c'est en grande partie fictif, afin de vivre une aventure qui nous parle un minimum. Et sur le moment, je me suis dit : ça c'est un pur tremplin, reconnaissance de ouf tout ça, tous les samouraïs en rêvent, a nous la Jet Set. Mais voilà, ça colle pas du tout à mon personnage, qui je vous le rappelle est du genre à travailler discrètement. Autant faire une filature déguisé en drag-queen tiens. Alors je demande des précisions au MJ :
- Moi : j'aimerais rester discret, ça consiste en quoi Magistrat d'Emeraude ?
- MJ : c'est le FBI de Rokugan.
- Moi : ah.
Bon ben je m'en contente, c'est ce qui est le plus logique à faire pour moi en même temps. Les 3 autres sont évidemment Eclats de Jade, ils ont reçu de beaux kimonos, des sabres de jade de ouf, une cérémonie avec la crème du Palais d'Hiver. Concrètement, ils agiront tous les trois ensemble, et moi j'agirai seul de mon côté, à faire le sale boulot en gros. Mais bon, ça me convient, c'est comme dans la vraie vie, je préfère réaliser des choses dont je suis (bientôt) capable plutôt que de me pavaner en me donnant une image on ne peut plus apparente.
Comme il commençait à se faire tard, on a fait une pause et on reprendra une autre fois. J'espère que ce pavé ne vous aura pas trop paru imbuvable, je reconnais que c'est pas facile de suivre quand on ne connait pas le jeu de rôle. Promis, demain un post sur la première imbécilité qui me traverse l'esprit.